L’histoire de Doctor Who, partie 1 – In The Beginning

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• Introduction


Il n’est pas rare de croiser sur certains forums un fan se demandant qui, de Russell T. Davies ou de Steven Moffat, avait créé notre série favorite. Généralement, ce même fan se fait allègrement insulter, alors que la question est tout à fait légitime. Après tout, la série classique n’a jamais été diffusée en France. Il est donc difficile, malgré la page Wikipédia de la série, de connaître sa genèse. Ce dossier s’adresse donc à toute personne voulant savoir comment la série est née, et aussi comment elle a évolué. Nous commençons donc avec cette première partie consacrée à sa naissance jusqu’à l’enregistrement de la première histoire An Unearthly Child.

• Autre temps, autre lieu


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Couronnement de la Reine Elizabeth II ©bbc.co.uk

Si vous ne le savez pas encore, le première épisode de la série, An Unearthly Child, a été diffusé pour la première fois le 23 novembre 1963. Mais avant d’en parler, rappelons un peu à quoi ressemblait la télévision britannique dans les années 1960. Le 2 juin 1953 la Reine Elizabeth II est couronnée. Une date très importante pour les Britanniques. À cette occasion une grande majorité des foyer s’équipa d’un poste de télévision afin de pouvoir suivre l’évènement. Jusqu’alors, la radio primait, et le département télévision de la BBC était presque considéré comme une punition par des employés, plutôt que comme une promotion. Si l’invention de la télé remonte aux années 1920 (voire avant pour certains procédés), ce média n’était pas bien considéré, la plupart des programmes étant généralement des adaptations d’œuvres littéraires. Aucune réelle création.

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Nigel Kneale (1922 – 2006)

Si le couronnement a permis de faire rentrer les boîtes à images dans les foyers, un programme en particulier a quelque peu révolutionné la fiction à cette époque : The Quatermass Experiment, créé par Nigel Kneale. Parachuté au département fiction de la BBC en 1951, sa tâche consistait à adapter pour la télé des œuvres littéraires ou des pièces de théâtre. Bref rien de bien extraordinaire, et pourtant ! Les fictions étaient généralement diffusées le samedi soir, au rythme d’un épisode quotidien de 25 minutes. Suite à un trou dans la programmation sur six semaines, Nigel Kneale fut forcé d’écrire une œuvre totalement originale pour combler ce vide. Faute de directives, il décida de réaliser une œuvre de science-fiction mettant en scène un scientifique, le professeur Bernard Quatermass, travaillant sur des prototypes de fusée spatiale. L’intégralité fut réalisée pour pas moins de 4 000 £ (une somme dérisoire pour l’époque) et le premier épisode fut diffusé le 18 juillet 1953. Ce fut le choc pour les téléspectateurs, personne n’était habitué à ce genre de programmes, le public était terrifié. À tel point que la BBC reçut des tonnes de lettres de plaintes, jusqu’à ce que la Reine annonce qu’elle avait aimé. Si bien que Nigel Kneale écrivit d’autres programmes et d’autres aventures du professeur Quatermass. Bien qu’il ne participa pas directement à la création de Doctor Who, il en fut néanmoins l’un des fondateurs, en introduisant la science-fiction horrifique à la télévision britannique. Pour la petite anecdote, Nigel Kneale refusa les propositions d’écrire un scénario pour la série, car il la considérait comme étant trop ridicule.

• Un enchaînement de circonstances


television-dossier-history-partie1-in-the-beginning-illustration-itv-logoJusqu’en 1955, le téléspectateur anglais n’avait aucun choix dans les programmes. Et pour cause, il n’existait qu’une seule chaîne, la BBC. Mais le paysage audiovisuel changea subitement le 22 septembre 1955, date du lancement de la chaîne indépendante ITV, créée par l’ITA (Independent Television Authority) pour briser le monopole de la BBC. Dès lors, le téléspectateur pouvait choisir entre deux programmes le soir. Parallèlement, cette nouvelle chaîne engendra la guerre des audiences et cette course au téléspectateur força les équipes de production à créer sans cesse de nouveaux programmes.

Outre l’arrivée d’ITV, un changement a lieu dans la manière dont sont produits les programmes de télévision. Adieu les fictions en direct grâce à l’arrivée du magnétoscope – enfin, quelque chose de similaire. Les chaînes de télévision ont maintenant la possibilité d’enregistrer des programmes sur des bandes 2 pouces ou d’en diffuser d’autres enregistrées en studio à part. Pour exemple, l’une des autres productions de Nigel Kneale fut l’adaptation télévisuelle du célèbre roman de George Orwell, 1984. Le programme était diffusé en direct avec les acteurs dans les studios. La musique était interprétée également en direct par un orchestre présent dans un studio voisin. Mais grâce à ces fameuses bandes 2 pouces, les fictions pouvaient désormais être enregistrées dans la semaine, pour une diffusion le samedi soir. Ce fut le cas de Quatermass II. Ce nouveau moyen de production permet de réaliser des épisodes plus complexes : finis les décors uniques et les acteurs devant improviser en cas de problèmes ! Sans les bandes 2 pouces, il aurait été impossible de produire les histoires que nous connaissons aujourd’hui.

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Sydney Newman (1917 – 1997) / Donald Wilson (1910 – 2002)

La BBC, en quête de nouveau sang, acheta (entre autres) des programmes à d’autres chaînes. C’est justement grâce à un de ces achats que le nom de Sydney Newman apparaîtra pour la première fois sur les écrans britanniques. La BBC ayant acheté 26 épisodes d’une fiction à la CBC (Canadian Broadcasting Corporation). Newman produira, entre autres Chapeau Melon et Bottes de Cuir. C’est en décembre 1962 qu’il fut embauché à la BBC par le Director of Television, Kenneth Adam, en lui promettant de donner un coup de jeune aux fictions de la chaîne. C’est ainsi qu’il rejoignit le Drama Group de la BBC, composé de producteurs et de réalisateurs avec à sa tête, Donald Wilson. Plus tôt dans l’année 1962, Wilson rédigea un rapport démontrant que la BBC avait la possibilité de produire des programmes de science-fiction, en particulier des adaptations d’œuvres littéraires connues. Peu après, en juin, un autre rapport conclût que les adaptations n’étaient pas la meilleure option et qu’il fallait plutôt opter pour des idées originales, telles les histoires de télépathes ou de voyages dans le temps. Wilson commença à creuser l’idée pour une nouvelle série. L’arrivée de Newman donna un coup de frais à ce département, en le réorganisant complètement.

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Joanna Spicer / Donald Braverstock (1924 – 1995)

Au même moment, la BBC faisait face à un problème dans sa grille de programme du samedi après-midi, à l’heure du thé exactement : un trou entre deux programmes radicalement différents, Grandstand, une émission sur le sport, et Juke Box Jury, consacré à la musique. Entre les deux, 25 minutes de vide, comblé tant bien que mal par différents programmes, généralement pour enfants. Le public regardant Grandstand ne restait pas forcément sur la BBC en attendant Juke Box Jury. Et c’est justement à cette occasion que Donald Braverstock, le BBC Controller of Programmes, fit part de ces problèmes à Sidney Newmann pour essayer de trouver une solution. Accompagnés de Joanna Spicer, la BBC Assistant Controller Planning Television, ils décidèrent qu’il fallait à tout prix trouver un nouveau programme qui serait capable de conserver l’audience de Grandstand et de Juke Box Jury. Braverstock donna son accord pour un programme dont la diffusion serait étalée sur 52 semaines. C’est justement à ce moment-là que les deux rapports de Donald Wilson refirent surface. Et c’est ainsi que le travail commença, le 26 mars 1963, pour la production d’une série de science-fiction. Mais Doctor Who est encore loin d’être née.

• Formule à vendre


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Rapport du 26 mars 1963 (P. 1) © bbc.co.uk

C’est donc le 26 mars 1963 qu’une première réunion eut lieu entre Alice Frick, John Braybon et Cecil Edwin « Bunny » Webber, scénaristes de longue date à la BBC. Le compte-rendu de cette réunion fut rédigé dans un rapport envoyé à Wilson le 29 mars. Ce rapport est le point de départ de Doctor Who. C’est Wilson qui fut à l’origine de l’idée du voyage dans le temps comme base de la série. C’est également dans ce rapport qu’il fut convenu que la série soit composée de 7 ou 8 histoires réparties sur les 52 semaines de diffusion.
L’idée d’avoir pour personnage principal un enfant fut vite rejetée par Bunny, clamant qu’un tel personnage n’aurait aucun intérêt pour des enfants plus âgés. A la place, trois personnages principaux « Un beau jeune homme », « une belle jeune femme bien habillée » et « un homme plus âgé, 30 ou 40 ans, et ayant une personnalité particulière ». Le rapport sera transmis à Newman qui l’annotera. Si il accepta l’idée de machine permettant de voyager dans le temps, il refusa d’autres points et ajouta que la série devrait avoir un coté éducatif.
Si le personnage central ne devait pas être un enfant, en revanche, il devait en avoir un qui s’attirerait des problèmes et ferait des erreurs, créant un point de départ pour une histoire. Une jeune enfant fut donc ajoutée dans la liste des personnages principaux. Un autre des personnages fut aussi transformé : de l’homme de 30 ans on passa à l’homme de 60 ans, plus mature. Comme Newman était satisfait de la direction que prenait la série, Wilson accéléra le processus de création pour mieux définir le concept.
Une sorte de cahier des charges fut donc rédigé à partir du rapport, et un premier planning de tournage fut établi. Le premier épisode devant être enregistré le 5 juillet 1963 pour une diffusion prévue pour le 27. La première histoire devait être formée de 4 épisodes et un premier budget fut établi, 2 500 £ par épisode plus 500 £ pour la création de la machine temporelle.

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Rex Tucker (1913 – 1996)

En mai 1963, Newman introduisit Rex Tucker en tant que producteur de ce nouveau programme. Il devait également réaliser la première histoire, et Richard Martin fut approché pour réaliser les autres. Tous deux rencontrèrent à plusieurs reprises Sydney Newman lors de réunions début mai. Et Newman leur donna le concept de base de la série. C’est seulement à partir de ce moment-là que la série eut un titre Dr. Who, dont Newman sera à l’origine. Bunny, Wilson et Newman se réunirent de nouveau afin de développer les personnages.
Pour le Docteur, il fut décrit dès le début comme un personnage fragile et âgé, mais aussi malin et suspicieux, capable de jouer de mauvais tours à son profit. Il possède une machine lui permettant de voyager dans l’espace et le temps et également à travers la matière. Il ne sait pas d’où il vient, du moins il ne s’en souvient pas.
Cependant, les scénaristes mirent du temps à vraiment définir clairement son caractère, Newman refusant certaines idées de Webber sur un personnage réactionnaire. Newman voulait que le Docteur ait une image paternelle plus que de scientifique ne voulant que son propre plaisir. Il faudra attendre encore un nouveau rapport pour voir se profiler cette fois-ci le Docteur, âgé de 605 ans, fuyant sa planète d’origine en raison d’une guerre ou d’un quelconque conflit galactique. Il est intéressant de constater que cet élément sera réutilisé pour le retour de la série en 2005 par Russel T. Davies et sa Guerre du Temps.

Au sujet des autres personnages, il fut établi dès le début que deux seraient des professeurs, et le troisième, élève dans la même école. Un premier synopsis fut également proposé intitulé Nothing at the End of the Lane, où nos deux professeurs, ainsi qu’une élève, rencontreraient un étrange docteur, ayant perdu la mémoire et possédant une machine à voyager dans le temps.
Au même moment, un nouveau scénariste vint rejoindre l’équipe, Anthony Coburn. On lui proposa d’écrire le scénario de la seconde histoire. Également en 4 parties, il situa les évènements à l’Âge de pierre. Bunny Webber, quant à elle, commença à écrire la première histoire où nos protagonistes se verraient miniaturiser après une erreur de manipulation du vaisseau, Sydney Newman étant à l’origine de l’idée. Le scénario partiellement écrit, Wilson et Newman doutèrent de l’idée, la jugeant trop complexe et finalement peu intéressante. Il fut donc abandonné et le scénario d’Anthony Coburn devint donc la première histoire de la série. L’histoire fut donc adaptée avec l’introduction des personnages réalisée par Webber. Pour la petite anecdote, le scénario abandonné de Webber sera retravaillé pour la première histoire de la deuxième saison, Planet of Giants – mais ce sujet sera abordé dans un autre dossier.

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Studio D de Lime Grove

Nous voilà donc avec un premier scénario, déjà bien avancé. Mais nous sommes encore loin de la série que nous connaissons. À ce moment, Mervyn Pinfield intègre l’équipe en tant que producteur associé, où il aura la tâche de gérer le côté technique de la série. Pinfield était déjà connu pour avoir produit la mini-série The Monsters diffusée l’année précédente sur la BBC .
La production avança et il fut décidé que la série serait tournée au Studio D de Lime Grove. Un choix très contesté. En effet, le studio était assez petit et devenait vite très chaud en raison des nombreux projecteurs présents pour l’éclairage. Ce dernier détail pouvait réellement devenir un problème car les extincteurs automatiques pouvaient se déclencher en raison de la trop forte chaleur. La taille limitait aussi la possibilité de faire des plans larges ou hauts – contrainte que la production réussira à surpasser de manière souvent très habile.
Courant juin 1963, l’équipe de production accueillit Verity Lambert, rejoignant Rex Tucker dans la production. Warris Hussein fut engagé pour réaliser la première histoire. Finalement, David Whitaker rejoignit également l’équipe au poste de story editor. Sa première tâche fut d’aider Anthony Coburn à compléter le scénario de la première partie, nommée à ce stade d’écriture The Tribe of Gum. Il trouva les noms de Mr Chesterton et Susan, l’autre institutrice était nommée Miss McGovern.

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De gauche à droite : Carole Ann Ford (Susan), Jacqueline Hill (Barbara), Verity Lambert, William Russell (Ian), William Hartnell (Le Docteur)

Le casting pour les personnages de Susan et Miss McGovern débuta fin juin 1963. Pour le rôle de Susan furent envisagées Maureen CrombieAnna PalkAnneke WillsWaveney Lee et Camilla Hasse. Et pour celui de Miss McGovernPhyllida Law et Penelope Lee furent envisagées. Aucunes ne seront finalement retenues. Début juillet, Verity Lambert et Warris Hussein recommencèrent à zéro le casting en commençant par le rôle du Docteur, avec des acteurs comme Cyril Cusak ou Leslie French. Aucun des deux n’accepta le rôle. Puis ils se tournèrent vers William Hartnell, âgé de seulement 55 ans. Le persuader ne fut pas si compliqué, il accepta presque immédiatement. Ian Chesterton fut attribué à l’acteur William Russell. Le personnage de Miss McGovern changea de nom pour Barbara Wright, et son rôle fut attribué à l’actrice Jacqueline Hill. Carole Ann Ford fut recommandée par Warris Hussein pour le rôle de Susan, une étrange écolière. Le casting était bouclé et une première date de diffusion fut choisie : le 16 novembre 1963. Le nouveau script du premier épisode était fini, la différence majeure résidait dans le personnage de Susan, renommé Suzanne et originaire de la même planète que le Docteur. À ceci près qu’elle était issue d’une famille royale. Cette dernière idée n’a pas plus à Whitaker. Elle est donc devenu la petite fille du Docteur.

• Sette Notte in Nero


Le moment était venu de définir la musique qui illustrerait la série. La tâche fut entreprise par Verity Lambert. C’est après avoir entendu un morceau d’un groupe de musique français, La Structure Sonore que Verity se tourna vers Desmond Briscoe, directeur du BBC Radiophonics Workshop. Ce département était spécialisé dans la recherche et la création de musique électronique. Elle contacta également Ron Grainer pour composer le générique de la série. Il sera connu pour avoir également composé le fabuleux générique de la série Le Prisonnier. Elle lui demanda de réaliser la partition qui serait ensuite interprétée par des instruments électronique tels que des synthétiseurs. Hussein discuta avec Brian Hodgson, du BBC Radiophonics Workshop pour les effets sonores, en particulier du son de dématérialisation du vaisseau du Docteur. Hodgson s’inspira d’une phrase du scénario, décrivant le vaisseau déchirant l’espace et le temps pour voyager. Il chercha donc des sons de déchirement. Il gratta la corde d’un piano présent dans le studio à l’aide des clés de chez sa mère. Le son fut ensuite ralenti pour donner ce son si familier.

Plus d’informations : Doctor Who et la musique

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Delia Derbyshire (1937 – 2001)

Le 20 août, le tournage commence. Les premières séquences filmées sont en réalité les éléments qui formeront le générique. Le tournage a lieu dans le plateau 3A du studio de la BBC de Ealing. C’est Bernard Lodge, du BBC Graphics Unit, qui est derrière ces images si étranges qui représentent le voyage temporel. Rien n’était décrit dans le scénario. Verity Lambert lui avait cependant montré des images créées grâce à un procédé fort simple. Ces images comparables à un test de Rorschach donnaient un caractère très novateur. Pour obtenir cet effet, il suffisait de pointer une caméra de télévision pointée sur un moniteur, affichant l’image filmé par cette même caméra. Le point de départ étant réalisé en pointant une lampe torche sur la surface du moniteur. Le point de lumière capturé par la caméra s’affichait également sur ce moniteur. L’image réalisait ainsi une boucle infinie. L’image était modifiée en jouant avec le gain, le contraste du moniteur ou en bougeant légèrement la caméra. Des textes étaient ensuite ajoutés en affichant en surimpression les images filmées par une autre caméra. Lodge tenta également d’inclure le visage du Docteur dans le générique. Pour cela il testa l’effet en filmant l’une des personnes présentes dans le studio. Verity jugea cependant l’effet trop effrayant pour l’inclure.

Plus d’informations : Les génériques à travers le temps

Ron Grainer ayant fini la partition, il la confia à Delia Derbishire du BBC Radiophonic Workshop, qui se chargea de la traduire et de la retranscrire grâce aux instruments électroniques du studio. Le résultat fut l’un des génériques les plus marquants des années 1960. Pas un seul instrument classique ne fut utilisé, tous les sons sont entièrement synthétiques.

Ironiquement, le tournage du premier épisode fut interrompu pour la simple et bonne raison que la Police Box utilisée pour représenter le TARDIS ne pouvait arriver dans le studio, car trop haute pour l’ascenseur de service. Le premier vrai jour de tournage fut le 19 septembre sur le Plateau 3A du studio de la BBC de Ealing. Ils tournèrent, entre autres, l’une des séquences de fin du premier épisode, voyant le TARDIS se matérialiser à l’Âge de pierre. Les quatre acteurs principaux furent réunis le 20 septembre dans le même studio pour des photos promotionnelles.
Le 21 septembre, les répétitions du premier épisode, officiellement nommé An Unearthly Child, débutèrent. L’épisode fut finalement enregistré au Studio D de Lime Grove le 27 septembre. Le tournage eut lieu dans l’ordre et les acteurs devaient restituer leurs lignes et se repositionner dans leurs marques en temps réel. C’est pour cette raison que dans les séquences flashback sur la scolarité de Susan, aucun des professeurs ne sont visibles, ils donnaient la réplique dans un des plateaux adjacents. Peter Brachacki réalisa les trois décors utilisés pour la première histoire. L’école Coal Hill, la décharge où se trouve le TARDIS, et la salle de la console. Le décor de cette dernière fut réalisé par une compagnie extérieure à la BBC. Brachacki avait de nombreuses idées, mais le budget restreint l’obligea à créer une console composée de boutons glanés un peu partout.

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Waris Hussein

Warris Hussein tenta de filmer ce premier épisode plus dynamiquement que d’habitude, avec des mouvements de caméra complexes pour l’époque. Hélas, ces caméras sont comparables à des réfrigérateurs sur roulettes reliés par de gros câbles à la salle de contrôle du studio, ce qui donnait des plans souvent secoués ou alors parfois un peu flous. Au total, 45 minutes d’enregistrement qui seront éditées en un épisode de 25 minutes. Le coût final s’éleva à 2 150 £, et c’est le 30 septembre que Sydney Newman visionna le produit fini. Étonnamment, il détesta la musique ainsi que le générique créé et indiqua également tout ce qu’il n’avait pas aimé. Il trouva, par exemple, le personnage du Docteur pas suffisamment drôle et celui de Susan, trop étrange. Le verdict tomba, Newman discuta avec Warris Hussein et Verity Lambert au cours d’un repas. N’importe quel autre producteur de la BBC les aurait sans doute virés, mais il continua à croire en eux et les autorisa à recommencer l’épisode.

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Radio Times © bbc.co.uk

Le 18 octobre, le tournage reprit, en prenant compte les recommandations de Newman. Cependant la série était sur un siège éjectable, en particulier à cause du coût de production et aussi des problèmes récemment rencontrés. L’avenir de la série n’était pas certain. Donald Wilson soutenu la série face à ses supérieurs. Il reçut un mémo de la part de Baverstock, qui donna des sueur froides à toute l’équipe de production de la série. Jusqu’à présent, seules les deux versions du premier épisode avaient été produites, et il restait encore trois épisodes à faire. Il demanda donc au producteur de réfléchir à une nouvelle série familiale, moins coûteuse à produire, pendant son absence. Tous les départements ayant contribués à la production étaient d’accord sur le fait qu’elle était hors de contrôle. Convoquée dans le bureau de Joanna Spicer, alors television programme planner, Verity Lambert parvint à conclure un accord, en stipulant que les coûts engendrés pour les décors seraient automatiquement rentabilisés par la production sur une quarantaine d’épisodes de 25 minutes. C’est à partir de ce moment qu’un budget de 2 500 £ par épisode fut établi. Et il fut également conclu que 13 épisodes seraient produits dans un premier temps.
Pendant ce temps, la production de la première histoire continua et la routine s’installa. Les acteurs répétaient l’épisode du lundi au jeudi, pour finalement l’enregistrer le vendredi. Tout était donc parti pour la première diffusion en novembre.
Cependant, une chose vint énerver Donald Wilson. Il était conclut avec le Radio Times (magazine de programme TV populaire en Angleterre) que la série bénéficierait de la couverture pour sa promotion. Hélas, suite aux récentes mésaventures de la production, c’est finalement un autre programme, Beyond Our Ken, l’émission de radio humoristique de Kenneth Horne, qui eut les honneurs médiatiques.

Le 22 novembre, 13 autres épisodes furent confirmés par la BBC, mais cette bonne nouvelle fut assombrie par l’annonce de l’assassinat du président John Fitzgerald Kennedy. Le lendemain, le samedi 23 novembre 1963, le premier épisode fut diffusé sur BBC One à 17 h 15, et eut le droit à une rediffusion exceptionnelle la semaine suivante, après qu’il fut admis que l’assassinat avait choqué les téléspectateurs au point d’écarter leur attention pour cette nouvelle série. La série réunit 4,4 millions de téléspectateurs le 23 novembre, et le nombre ne cessa d’augmenter au fil des épisodes, atteignant 10,5 millions pour l’épisode final de l’histoire The Daleks. Mais ceci est un autre dossier…

PROCHAIN DOSSIER
L’HISTOIRE DE DOCTOR WHO – LES 1960’s

© Jonathan Le Targat 2013-2015

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