3 Juin 2017

Posted by in Critiques, TV

[Spoilers] Critique pyramidale de The Pyramid at the End of the World

Une pyramide vieille de 5000 ans est apparue soudainement et sans explication sur une zone de guerre. Chaque horloge dans le monde fait le compte-à-rebours de la destruction de la Terre. Le Docteur, Bill, Nardole et le reste de l’humanité se retrouvent face à un choix décisif et lourd de conséquences : doivent-ils accepter l’aide des moines (ces vilains aliens cadavériques apparus dans l’épisode précédent), afin qu’ils les sauvent de l’apocalypse en échange de leur domination totale sur le monde…?

L’abus d’alcool peut détruire la Terre, à consommer avec modération.

The Pyramid at the End of the World est la seconde partie d’un arc scénaristique en trois épisodes (The Monks Trilogy). C’est un épisode intéressant mais qui possède pas mal de problèmes énervants. On pourrait même lui en vouloir de creuser un écart cuisant en matière de qualité esthétique et scénaristique par rapport à sa première partie (Extremis), et le reste de ce début de saison qui était, jusqu’à maintenant, une réussite indéniable en matière de narration.

L’épisode est co-écrit par Peter Harness (à qui on doit le double épisode avec les Zygons de la saison précédente) et par Steven Moffat. Mais en creusant un peu plus en profondeur, nous pouvons en déduire que le showrunner a avant tout œuvré dans la réécriture du scénario afin de rendre celui-ci cohérent dans sa place d’épisode intermédiaire. Bien que l’épisode fourmille de bonnes idées, il a également de gros soucis, surtout si on s’attarde, tant soit peu, sur les détails scientifiques abordés dans les séquences du laboratoire bactériologique. Il est vrai que Doctor Who n’a jamais prétendu faire de la hard science-fiction, mais tout de même, avec deux scénaristes aux manettes, pas un semble avoir fait, au préalable, quelques recherches sur le sujet traité par une partie du récit. Ce qui est fort regrettable, car entre un laboratoire cultivant des bactéries dangereuses et faisant preuve d’autant de négligence en matière de sécurité et le Docteur qui ne porte ensuite aucune combinaison de protection en zone contaminée, l’épisode fini par friser la limite de la décence. Mais le plus sidérant dans toute cette histoire, est d’assister, d’un regard hébété, au fait que la Terre à failli se foutre en l’air, en partie, à cause d’un type qui a pris une cuite la veille.

Pour reprendre, cette fois-ci, sous une note positive (parce que oui, il y en a), la fameuse pyramide mentionnée dans le titre de l’épisode joue véritablement un rôle central dans l’histoire qui nous est présentée, et là, c’est déjà un très bon point. Mais toutefois, le fait qu’il s’agisse d’une pyramide en soi dans sa représentation aussi bien architecturale, qu’historique, n’a au final aucune importance majeure dans la trame de l’histoire, ce qui est quelque peu fâcheux, puisque résultat des courses, si ça avait été à la place un vaisseau spatial, un hangar, ou bien un pot de plante géante, ça n’aurait absolument rien changé. Le facteur important est que c’est juste un édifice très grand et qu’il n’était pas là la veille.

Bien sûr, on peut en déduire que la pyramide joue un double sens symbolique dans la représentation significative qu’ont les moines à vouloir être vénérés par ”amour” par l’humanité, donc être idolâtrés au même titre que des dieux. Jadis, les Égyptiens de l’Antiquité voyaient dans les triangles et les pyramides le symbole de leur trinité (Isis, Osiris et Horus). Ainsi, les philosophes grecques de l’antiquité ont commencé à penser à la pyramide à la fois comme concept mathématique, mais aussi comme figure ésotérique qui leur permettrait d’atteindre une forme de conscience supérieure. Plus tard, les chrétiens y voyaient le symbole de la sainte Trinité (du Père, du Fils et du Saint-Esprit). Le fait qu’il y ait en plus trois armées se faisant face dans l’épisode peut encore nous renvoyer à cette symbolique de la trinité. Grosso modo, on peut en déduire que l’aspect religieux abordé dans la première partie d’Extremis est encore suggéré dans la trame scénaristique de The Pyramid at the End of the World à travers cet énigmatique édifice triangulaire.

La réalisation de Daniel Nettheim, pourtant superbe sur Extremis, est ici assez bancale dans sa mise en scène. Certes, Nettheim est encore loin de filmer avec ses pieds, offrant quelques plans et séquences très sympathiques – comme ce montage dynamique d’avant générique entre Bill et sa “potentielle” petite-amie Penny, entrecoupé d’extraits de l’épisode précédent, et quelques plans panoramiques de la pyramide ou vues aériennes sur les voitures de l’UN roulant sur le tarmac de Turmezistan (un pays fictif déjà mentionné dans The Zygon Invasion).

Cependant, il faudra prendre en compte que The Pyramid at the End of the World a certainement les yeux plus gros que le ventre, puisque le budget réduit pour le mettre en oeuvre n’arrive guère à concrétiser partiellement les ambitions d’ensemble de ses auteurs, comme en témoigne la quelque poignée de figurants présents et les effets spéciaux très cheap (à moins que ce soit voulu).

Indéniablement, The Pyramid at the End of the World emmène son récit à son point culminant dans les dernières minutes de l’épisode, comme si tout le reste du scénario avait été écrit justement pour justifier la présence de ces deux personnages principaux (Bill et le Docteur) à ce moment précis de l’histoire: cet instant précis où le Docteur, se retrouve sur le fait accompli, révélant à Bill qu’il est toujours aveugle depuis leur escapade dans Oxygen, et le sacrifice de cette dernière pour le sauver. Ainsi, malgré ses défauts, The Pyramid at the End of the World arrive partiellement à sauver la mise par un final émouvant, fermant ainsi son chapitre sous une note inquiétante et incertaine pour le déroulement de sa dernière partie, The Lie of the Land, qui sera elle entièrement écrite par Toby Whithouse.

L’habit ne fait pas le moine.

Nous retrouvons les moines, ces satanés nouveaux monstres récurrents de la série Doctor Who, ressemblant à des cadavres desséchés. Pour leur seconde apparition, les moines ne font pas grand-chose à vrai dire, à l’exception de surveiller et de tout simplement attendre que l’apocalypse arrive d’elle-même. Il y a quand même quelques échanges entre eux et le Seigneur du temps, mais le Docteur semble parler à un mur tellement ces créatures sont fixées sur leur position et donc absolument pas ouvertes à la moindre communication. En cours d’épisode, ils gagnent tout de même en dangerosité puisque nous avons droit à des mises à mort des plus horribles quand ils tuent leurs consentants impures en les transformant en tas de poussière. Il est un peu dommage au final de ne pas en apprendre plus sur eux, puisqu’en fin de compte, toutes les interrogations que nous pouvions avoir à leurs sujets dans le précédent épisode (Extremis) n’ont pas obtenu de réponses, et de plus, de nouvelles questions s’ajoutent comme : pourquoi les moines ont-ils absolument besoin du consentement des humains ? Questions volontairement tenues en suspens, qui trouveront probablement leurs réponses dans le chapitre final, The Lie of the Land.

Conclusion :

Malgré ses défauts, The Pyramid at the End of the World reste tout de même un épisode intéressant qui parvient à être captivant et cohérent avec l’intrigue mise en place durant l’épisode précédent (Extremis), tout en ayant sa propre personnalité. Cependant, même s’il se présente, jusqu’à maintenant, comme l’épisode le moins bon de la saison, il reste loin d’être une catastrophe, surtout si nous arrivons, tant soit peu, à faire abstraction de certaines de nos exigences en matière de crédibilité.

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