17 Juin 2017

Posted by in Critiques, TV

[Spoilers] Critique martienne de Empress of Mars

Après nous avoir gratifié d’un décevant épisode filmé en found footage (Sleep no More) la saison précédente, Mark Gatiss revient une dernière fois au scénario afin d’offrir une toute dernière péripétie, cette fois-ci martienne, à la treizième incarnation du Docteur, campé par Peter Capaldi, avant que ce dernier tire sa révérence définitivement du programme phare de la BBC.

Empress of Mars est ce genre d’épisode complètement fun à regarder, avec lequel on prend autant de plaisir coupable à décortiquer, dans les moindres détails, ses qualités mais aussi ses défauts. Défauts, qui finissent eux-mêmes par devenir des atouts majeurs, non négligeables, qui nous font indéniablement aimer cet épisode après visionnage. Scénario atypique, totalement décomplexé en matière de science-fiction fantaisiste, l’histoire de Gatiss est certes, très sympathique à suivre, mais reste relativement simple dans sa démarche narrative, pour ne pas dire simpliste. Ce qui n’est pas un défaut en soi, mais qui peut devenir ici une qualité indéniable si nous acceptons d’ouvrir, tant soit peu, notre imagination aux idées les plus barrées de son auteur.

Suite à une balade à la base de lancement de Cape Canaveral, le Docteur, Bill et Nardole y découvrent qu’une mission spatiale de la NASA, envoyée sur la planète Mars, vient de mettre à jour, sous son épaisse calotte glaciaire, l’inscription “God save the Queen (en français : Que Dieu protège la Reine). Nos voyageurs de l’espace et du temps décident de résoudre ce mystère, bien loufoque, en allant directement sur la planète rouge et en remontant le temps, en 1881, (la date supposée de la création de cette étrange inscription). Arrivés sur place et en explorant les cavernes souterraines de Mars (oui parce que ça revient relativement moins cher de filmer en décors studio), ils tombent nez à nez avec un Ice Warrior borgne et une armée de colonialistes britanniques de l’époque victorienne. Tout ce beau monde va, par inadvertance, réveiller l’impératrice de Mars, Iraxxa, pas très satisfaite de son sommeil de 5000 ans.

Mars et ça repart

Inéluctablement, ce qui m’a particulièrement beaucoup plu dans Empress of Mars est bien plus l’ambiance générale qui s’en dégage que son histoire en elle-même. C’est une ambiance particulière, qui fait vraiment de cet épisode un vibrant hommage (voulu ou non) à la série classique de Doctor Who (évidemment), à laquelle il finit même par faire office de prequel – et plus particulièrement à The Curse of Peladon (une histoire du Troisième Docteur de 1972). Cet épisode est également, dans une moindre mesure, toute une apologie de la littérature steampunk et du cinéma rétro fantastique des années 50/60. Influences qui se retrouvent aussi bien dans l’écriture de Mark Gatiss que dans la réalisation très pêchue de Wayne Yip (qui livre ici sa seconde réalisation d’épisode de Doctor Who), jusqu’à dans la composition musicale éclectique de Murray Gold, éléments qui renforcent fortement ce côté indéniablement nostalgique et de… “ je vous fait du neuf avec des influences de vieux”.

Mark Gatiss joue à fond la carte de la nostalgie avec les fans de Doctor Who de la première heure (ceux de la série classique), vraisemblablement pour les caresser dans le sens du poil. Un exercice dangereux qui, naturellement, peut isoler les spectateurs non avertis à toute une décennie whovienne et qui passeront une grande partie de l’épisode à ne rien comprendre aux références et aux allusions décimées, ici et là, tout au long de l’épisode. Bien sûr, Empress of Mars n’est pas un cas d’école à part et de nombreuses autres œuvres qui se sont illustrées à travers un solide héritage en matière d’univers étendu et foisonnant (Star Wars, Star Trek etc.) le font également. Au final, ma critique peut-elle être encore objective? étant moi-même un grand fan inconditionnel de Doctor Who, je ne peux qu’être sensible aux perches qu’on me tend avec autant d’insistance. Résultat des courses, Empress of Mars est un épisode à double tranchant, qui peut être appréhendé différemment que l’on soit un fan ou un téléspectateur lambda.

Évidemment, il est drôle de noter que le côté “rétro”, volontairement voulu ou non, de cet épisode fait partie d’une longue liste d’influences exhaustives issus, plus ou moins, d’un tas d’œuvres qui mettent en scène la planète rouge. Rien que son titre, Empress of Mars, est déjà le même que celui d’un roman de Kage Baker. Depuis fort longtemps, Mars a été un sujet qui a beaucoup influencé les auteurs de science-fiction. Même aujourd’hui, avec les connaissances modernes de la conquête de l’espace, le filon est encore largement exploité. Cependant, le sens de la fiction a largement changé. Autrefois, Mars était représentée peuplée par des organismes et des êtres vivants, les Martiens (qui ont été représentés sous diverses formes). Depuis les années 1990, les auteurs y voient plus une future terre d’accueil, prête à être terraformée, puis colonisée par l’Homme. Une sorte de nouvel Éden. Doctor Who ne déroge pas à cette règle et finit même par mettre la quatrième planète de notre système solaire directement ou indirectement au cœur de l’action de certains de ses épisodes. C’est ainsi qu’en 1967, le Deuxième Docteur, incarné par Patrick Troughton, rencontre pour la première fois les Guerriers des Glaces, ces créatures originaires de Mars, qui deviendront très vite des ennemis récurrents du Seigneur du temps. Le Deuxième Docteur les affronte une seconde fois en 1969, dans l’histoire The Seeds of Death, mais c’est vraiment à partir de la période du Troisième Docteur (Jon Pertwee) que nos chers martiens verts évoluent radicalement dans le camp des bons (mais c’est vite dit). Empress of Mars fait au final office d’épisode prequel à The Curse of Peladon (1972), puisqu’il nous montre à la fin l’intégration des Guerriers des Glaces dans la Galactic Fédération. D’ailleurs, il est amusant de noter que la Caméo d’Alpha Centauri est toujours assurée par Ysanne Churchman, qui prête sa voix à l’étrange créature hermaphrodite avec 43 ans d’intervalle depuis The Monster of Peladon en 1974. En tout cas, les Guerriers des Glaces sont des personnages que semble beaucoup affectionner Mark Gatiss, car Empress of Mars est le second épisode, de la nouvelle série, scénarisé par lui, à les mettre en scène. Le premier étant Cold War (épisode du Onzième Docteur qui a été traduit chez nous par “Destruction mutuelle assurée”, certainement après une soirée de beuverie dans les bureaux du France Télévisions). On doit d’ailleurs, par la même occasion, le retour des Guerriers des Glaces dans la nouvelle série de Doctor Who à Mark Gatiss qui a dû batailler ferme avec Steven Moffat, lors de la production de la saison 7 (2013), pour les faire revenir. À l’époque, le showrunner avait du mal à les imaginer réintégrer notre époque moderne sans tomber dans le ridicule.

La Reine des Neiges

Le concept des colonialistes victoriens qui envahissant Mars afin d’en faire un nouveau territoire colonial de l’Empire britannique est une idée amusante qui se joue, avec subtilité, du contexte historique dans lequel évolue l’épisode. De même, que l’introduction de la Reine des Guerriers des Glaces est une merveilleuse évolution naturelle pour ces monstres issus de la série classique de Doctor Who, qui ont vu leur apparence se modifier au fil du temps. Dans Empress of Mars, l’apparition d’une reine Ice Warrior, qui est ici la première de sexe féminin à apparaître dans l’histoire de la série, renforce indéniablement l’idée que ces Martiens sont incontestablement une civilisation extraterrestre complexe. Le costume de cette impératrice de Mars en jette pas mal à l’écran, et le personnage devient une agréable curiosité que l’on prend énormément de plaisir admirer à chacune de ses apparitions. Autre fait notable, l’effet amusant mais, tout de même, sadique que produit l’arme des Guerriers des Glaces quand elles touchent leurs cibles. Elles transforment en boules les corps de ces malheureux soldats de la reine Victoria (d’ailleurs avez-vous remarqué que le portrait de la reine Victoria représente celle incarnée par l’actrice Pauline Collins, que le Dixième Docteur à déjà rencontré dans l’épisode Tooth and Claw?). Certainement une technique très avancée de distorsion gravitationnelle ou magnétique dont seuls les Guerriers de Glaces doivent avoir le secret. En tout cas, il manquerait plus qu’ils shootent dedans comme un ballon de football pour nous amuser.

Sinon par rapport aux autres personnages qui apparaissent dans l’épisode, Il y a un développement intéressant autour du colonel déshonoré, Godsacre (Antony Calf) et, même si cela reste relativement restreint, autour de Friday (Vendredi en VF), ce Guerrier de Glace qui finit, à la fin, par se joindre à Bill et au Docteur afin de réclamer la paix. Il y a vraiment tout une symbolique sur le code de “l’honneur du guerrier” que Mark Gatiss tente de faire passer à travers ces deux protagonistes qui cherchent, au final, simplement à servir fièrement la patrie dont ils faisaient partie. D’un autre côté, le véritable salaud de l’histoire, le capitaine Neville Catchlove est assez caricatural dans son rôle de méchant, qui est juste là pour être méchant. Par contre, j’ai particulièrement apprécié les mimiques que lui donne son acteur Ferdinand Kingsley, qui semble s’être, tout de même, bien amusé à l’interpréter.

Cependant, Empress of Mars finit aussi avec quelques questions fâcheuses en suspens – qu’arrive-t-il aux soldats qui restent à la fin? et pourquoi le TARDIS a-t-il fait des siennes (bon ce n’est pas la première fois non plus) en abandonnant le Docteur et Bill sur Mars? S’il est peu probable que la première question ne soit jamais résolue, la seconde, par contre, semble être juste une justification scénaristique maladroite afin d’expliquer le comment du pourquoi Missy se trouve à bord du TARDIS dans le prochain épisode, The Eaters of Light.

Conclusion :

Mark Gatiss est un scénariste irrégulier qui peut livrer des épisodes de Doctor Who bons, moyens ou mauvais (comme Sleep no More). Avec Empress of Mars, Gatiss nous livre là, incontestablement, l’un de ses plus bons. Un épisode qui sent bon le travail accompli, aussi bien dans son écriture (Mark Gatiss), sa réalisation (Wayne Yip), son ambiance sonore (Murray Gold) que dans ses décors et ses costumes aux influences prononcées steampunk (œuvres de passionnés, entre autres de la série classique de Doctor who), qui font de cette aventure martienne un agréable et amusant moment télévisuel.

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