[Spoilers] Critique grinçante de Knock Knock

Bill emménage avec sa bande de potos dans une maison en bois, tenue par un proprio inquiétant, et grouillante de termites étranges qui mangent les occupants. Après avoir découvert l’utilisation d’un TARDIS comme camion de déménagement, Bill et le vieux Docteur doivent à nouveau résoudre cette affaire étrange et sauver sa bande de copains.

Behind the sofa.

Après des épisodes tels que Blink (“Les Anges pleureurs” en VF, à qui Knock Knock emprunte le même lieu de tournage), Hide (“Le Fantôme de Caliburn” en VF), ou encore Ghost light (une histoire de la série classique de 1989, avec le Septième Docteur), je me rends compte à quel point les maisons hantées sont vraiment des lieux propices pour notre très cher Docteur qui trouve là son lot de mystères étranges à résoudre. C'est un genre qui garantit aux auteurs un cadre propice pour faire subir à leurs personnages divers angoisses, jouant souvent avec nos peurs les plus primaires et infantiles : claustrophobie, sons mystérieux, pièces cachées, endroits sombres et effrayants. Knock Knock offre en quelque sorte, avec un côté dépoussiéré, une histoire qui ravive nos frissons dans la pure tradition “behind the sofa” de Doctor Who ... enfin, au moins pour les 40 premières minutes.

Le scénario de Mike Bartlett (qui nous livre là sa première histoire de Doctor Who) remplit parfaitement le spectacle, jouant bien avec la plupart des clichés que la pop culture se fait de l'image terrifiante d’une maison hantée - vieille bicoque délabrée, portes qui grincent, nuit orageuse etc. En gros, Knock Knock reproduit, en quelque sorte, presque tous les schémas distillés dans nos cerveaux par la littérature et le cinéma du genre depuis que ce “style” est né (rejoignant de la sorte Hide, un précédent épisode qui faisait également de même). La construction scénaristique de Knock Knock est assez simple, dans la même veine du genre auquel il emprunte fièrement ses références - un groupe de jeunes gens qui se retrouvent, pour x raisons, dans le dit lieu hanté et qui vont disparaître un à un. La réalisation très soignée de Bill Anderson utilise avec simplicité mais efficacité tous les rouages propres au cinéma d'épouvante, en s'appuyant beaucoup sur son paysage sonore, ses références visuelles, et pas mal de plans rapprochés (surtout bien appuyés sur ceux d’un David Suchet angoissant) pour créer un sentiment effrayant et claustrophobique en réduisant ainsi le champ du spectateur à son minimum. Si le scénario de Knock Knock n’est sans aucun doute pas des plus folichons, l'idée des bestioles rampantes qui fusionnent avec la matière est plutôt originale. Il est contrebalancé aussi par une bonne réalisation qui, avec un budget très réduit, s’en sort très bien en utilisant ingénieusement son environnement. Une des scènes particulièrement réussie et angoissante est quand Bill et son amie Shireen se retrouvent entourés de toute part par des murs qui se mettent à frapper de tous les côtés. Après moult réflexion, on se dit quand même que l’équipe de production trouve des idées ingénieuses pour créer la peur juste en payant des mecs pour taper et faire grincer des murs en bois.

Knock Knock remplit au final bien son rôle en matière de “frisson bon enfant”, offrant exactement ce que le Next Time de l’épisode précédent nous promettait. Certes, il y a peut-être un peu trop de simplicité, surtout dans les 10 dernières minutes, où le véritable motif de l’effrayant Propriétaire (joué par David Suchet) nous est révélé avec un brusque saut de ton, délaissant subitement l’effroi pour du mélodramatique, quelque peu gênant peu de temps après un certain nombre de morts à l'écran. Mais il faudra surtout retenir que l’épisode fait la part belle aux performances d’acteurs tels que David Suchet, qui crève ici l'écran aussi bien quand il s’agit de distiller un sentiment de malaise à chacune de ses apparitions qu'en matière d’émotion en ce qui concerne les dernières minutes de l’épisode, ou Mariah Gale, qui incarne la figure tragique d’Éliza, dont le costume / maquillage est à lui seul la plus grosse réussite esthétique de l’épisode.

En ce qui concerne les morts, l'épisode fait également l'inconscience de les ressusciter, et d'une fin heureuse où tout le monde vit après tout, et ce, malgré les mises en scène fatalistes de ces derniers, rejetant ainsi toute gravité potentielle hors de son apogée. Au final, Knock Knock se termine sur une note légèrement insatisfaisante.

Cependant, c'est une histoire qui ressemble au final à des décennies de tradition de conte gothique et s'amuse ouvertement avec la plupart de ses codes, y compris avec sa bande sonore immersive (si vous avez la chance de voir l’épisode sur BBC iplayer avec un casque ou de très bonnes enceintes home cinéma). La conception sonore est ici superbe et contribue indéniablement à la réussite de cet épisode.

Le papy Docteur et les Djeunes.

Knock Knock est un épisode qui nous invite une nouvelle fois à plonger un peu plus loin dans la relation enseignante - élève entre le Docteur et Bill. On retrouve indéniablement ici une relation paternaliste du Docteur envers sa compagne. Il apparait presque comme une figure de père de substitution pour la jeune femme. En témoigne le moment où Bill se retrouve légèrement embarrassée par la présence du Docteur autour de ses amis. Une situation burlesque et amusante qui rappelle évidemment le comportement d’un adolescent qui serait gêné par la présence d’un parent au milieu de son cercle d'amis. Mike Bartlett va même pousser un peu plus loin le développement relationnel des deux héros : cette fois, c'est comme si le Docteur se trouvait attiré dans la vie de Bill plutôt que dans l'inverse.

En ce qui concerne le groupe d’amis de Bill, cela reste des personnages relativement très secondaires et aucun d’entre eux ne se démarque jamais vraiment pour prendre de l’importance au récit. À vrai dire, ils sont assez caricaturaux, ils parlent comme des jeunes, ils écoutent de la musique de leurs âges etc.… et certains vont même jusqu’à remplir un rôle très manichéen de personnage de film d’horreur - du mec lourd, qui n'arrête pas de faire des blagues vaseuses et qui tente sa chance avec l'héroïne, en passant par l’hystérique qui se met à hurler et à paniquer. Toutefois, il faut bien l’admettre, malgré leur manque de complexité, ses étudiants forment des personnages plutôt crédibles à l’écran, crédibilité certainement due en partie au talent des jeunes acteurs qui les incarnent.

Toucher du bois.

Évidemment, il est impossible de passer à côté du bois, cet élément omniprésent dans Knock Knock. J'en profite ici pour vous faire très vite un point culture afin de vous permettre de mieux comprendre l’importance du bois dans le récit de Mike Bartlett. Depuis des temps anciens, le bois est un élément qui s'accompagne de nombreuses superstitions comme “toucher du bois” pour conjurer le mauvais sort. L'origine du geste viendrait soit des Égyptiens pour qui le bois diffusait un magnétisme, soit des chrétiens qui reproduisent ce geste pour se protéger de l'adversité (le Christ ayant été crucifié sur une croix en bois). Le Docteur donne aux étranges créatures insectoïdes de l’épisode les noms de Dryades, et évidemment ce n’est pas un nom donné au hasard par le Seigneur du Temps. Dans la mythologie grecque et romaine, les dryades sont des divinités mineures liées aux chênes en particulier, et aux arbres en général. L'étymologie même du mot signifie "chêne" en grec ancien. Elles sont généralement considérées comme des créatures très timides, vivant dans les arbres (le bois en somme) et qui se montrent très rarement.

Conclusion :

Knock Knock a toutes les qualités d'un bon épisode, simpliste mais efficace dans le traitement de son histoire, et ce malgré le fait qu'il perde quelque peu de son élan au cours de ses dix dernières minutes pour nous offrir un happy end décomplexé. Ses principaux atouts sont : sa très bonne réalisation, la mise en scène ingénieuse de son environnement sonore, ses effets spéciaux convenables (particulièrement le maquillage prothétique sur Eliza qui est remarquablement réussi) et, indéniablement, les performances de ses acteurs récurrents (Peter Capaldi et Pearl Mackie) et de ses invités de marque (David Suchet et Mariah Gale).