6 Mai 2017

Posted by in Critiques, TV

[Spoilers] Critique glaciale de Thin Ice

Après que Bill ait découvert le futur, dans « Thin Ice » le TARDIS atterrit à Londres, en 1814, où quelque chose de très inquiétant bouge sous la Tamise glacée, en faisant disparaître mystérieusement des amateurs de la Foire de la Glace qui se tient dessus.

Un éléphant sur la glace

« Thin Ice » fait une entrée fracassante avec un éléphant qui traverse gracieusement la Tamise gelée. Une scène fantasmagorique, me direz-vous, n’est-ce pas ? Faux. Même si cela semble incroyable qu’un pachyderme, peuvent atteindre les 7 tonnes, ne tombe pas sous la glace, il faut certainement commençait l’épisode « Thin Ice » par un cours d’histoire pour mieux l’appréhender et peut-être comprendre toutes ses subtilités. Entre le XVe et le milieu du XIXsiècle, l’Europe et l’Amérique du Nord subissent un important refroidissement de son climat avec des hivers longs et froids et des étés courts – une période que les historiens vont d’ailleurs appeler « le petit âge glaciaire ». Pendant cette période de grand froid que connaît la capitale britannique, les Londoniens organisent alors régulièrement une « Foire de la Glace » sur la Tamise, devenant ainsi une attraction touristique à part entière. On y trouvait pour l’occasion des artistes de tous genres, des pièces de théâtre, des pubs temporaires et même des courses de chevaux. La dernière Foire de la Glace a eu lieu en 1814 (date à laquelle Bill et le Docteur débarquent) et a duré quatre jours. Depuis, la Tamise n’a plus gelé, montrant en quelque sorte que le climat de notre bonne vieille planète évolue au cours du temps. « Thin Ice » prend son inspiration dans ce moment de l’histoire, mais on peut également citer l’une des peintures d’Abraham Hondius de 1684, Foire sur la Tamise gelée, à Londres (que vous pouvez découvrir dans le Musée de Londres) comme vecteur d’influence visuelle dans l’histoire que nous raconte ici Sarah Dollar.

Le petit épisode sympa avec des effets spéciaux moches

Ce troisième épisode de la saison 10 suit le schéma établi par les deux précédents : après une histoire contemporaine d’introduction (« The Pilot ») et un second dans le futur (« Smile »), le Docteur ne pouvait absolument pas ramener sa nouvelle compagne au bercail sans lui avoir fait découvrir le passé à travers l’un des habituels épisodes dit « historiques » de Doctor Who. « Thin Ice » est une aventure ponctuelle qui ressemble à ce qui a été déjà fait auparavant sans trop d’originalité, avec un monstre et un problème (relativement) facile à résoudre, tout en ajoutant un peu d’ombrage thématique au déroulement du récit.

L’histoire est agréable à suivre, Bill et le Docteur continuent à bien fonctionner ensemble, avec tout de même une petite évolution notable (dont je parlerais plus bas), des costumes et des décors somptueux, particulièrement soignés par une équipe de production très soucieuse du détail. Il est vraiment dommage que certains effets spéciaux, surtout ceux employant les images de synthèse sont soit approximatifs ou soit comment dire… moches ! Il faut dire que l’imagerie numérique n’a jamais été le fort de Doctor Who mais quand même, on est en en 2017 ! La série nous avait déjà habitués à certains effets très cheap mais relativement bien mis en scène pour que la chose soit acceptable au regard de téléspectateurs maintenant habitués à voir des séries US dont les moyens s’approchent aujourd’hui de ceux du cinéma. Pour vous dire, la palme de l’effet nanar revient quand même à la scène de mort du méchant de l’histoire, Lord Sutcliffe, qui tombe sous la glace à renfort d’un fond vert particulièrement évident.

Bill, la fille qui pleure, aussi…

Dans les précédents épisodes, nous avions remarqué à quel point la nouvelle compagne du Docteur, Bill Potts (Pearl Mackie) agissait comme si elle représentait à elle seule « la voix du peuple », en réagissant et en posant toutes les questions qu’un spectateur lambda pourrait avoir s’il était à la place de la jeune femme. Dans « Thin Ice », Bill continue à le faire dans sa première aventure historique, en interrogeant, entre autres, le Docteur sur les règles du voyage dans le temps, sur sa relation avec la grande faucheuse ou simplement en demandant pourquoi sa baguette magique s’appelle un « tournevis sonique ».

Concernant le dialogue entre les deux héros sur la mort, Bill soulève un point intéressant : depuis 1963 jusqu’à aujourd’hui, les morts dans la série Doctor Who sont nombreuses, et les compter serait extrêmement difficile (je vous mets au défi !). D’un autre côté, après avoir découvert un visage plutôt positif du Docteur dans les épisodes « The Pilot » et « Smile », Bill découvre dans « Thin Ice » la part sombre d’un Docteur dont la mort serait en quelque sorte sa première compagne – une allusion qui nous renvoie, pour ceux qui s’en souviennent, à une réplique du tout premier épisode du renouveau de la série en 2005, « Rose », dans lequel un personnage secondaire suggérait à Rose Tyler que le Docteur avait pour compagne la mort.

Pour en revenir précisément à Bill et à son comportement, ce fut une très bonne initiative de la part de Sarah Dollar d’avoir pris quelques minutes de son récit pour explorer les conséquences émotionnelles que subit la compagne du Docteur après avoir été témoin de la mort de ce pauvre petit Spider. Cela fut également bénéfique pour Bill, qui gagne encore plus ici en sympathie grâce à cette scène qui nous la montre vulnérable et humaine.

Doctor Who contre les racistes

Comme on pouvait s’y attendre d’un compagnon noir du Docteur (après Martha Jones et Mickey Smith, d’autres compagnons à plein temps), la couleur de peau de Bill conduit ce début d’épisode à une remarque importante. Sur le point de sortir du TARDIS, projetée 200 ans dans le passé, Bill rappelle gentiment mais sûrement au Docteur qu’en 1814 l’esclavage est encore d’actualité. Cependant, un peu plus tard, la jeune femme, en regardant la foule remarque voir « un peu plus de noirs qu’au cinéma », ce à quoi le Docteur rétorque « Jésus l’était aussi ». Évidemment, en analysant ces propos, « Thin Ice » aborde un sujet quelque peu tabou dans l’univers de Doctor Who : le racisme. Depuis ses débuts, la série a pris le parti pris d’être une œuvre altruiste envers la politique et ce même si au cours des dernières années les auteurs ont laissé tout de même des signes, plutôt évidents, de leur conviction politique, comme leurs positions pro-LGBT à travers des allusions et des personnages se revendiquant ouvertement bisexuels ou homosexuels (citons le capitaine Jack Harkness, et le personnage de Bill).

Bien sûr, un tel propos tenu dans l’épisode peut être vu comme une forme de réponse de la BBC aux accusations de racisme dont fut victime la série Doctor Who il n’y a pas si longtemps. Profitant du contexte historique de « Thin Ice », Steven Moffat et son équipe donnent à leurs détracteurs une réponse claire et nette de la position que tient Doctor Who sur le sujet, et cela se passe d’une façon très radicale : un (bon) gros coup de poing du Docteur sur la figure de Lord Sutcliffe, le véritable méchant de service de l’épisode, qui peut être interprété comme une personnification même du racisme dans toute sa laideur.

Si on continue sur ce jeu, on peut également voir le monstre de l’épisode comme une personnification de l’esclavage, puisque c’est une créature qui nous est présentée tout le long de l’épisode comme un être constamment enchaîné et entièrement soumis par celui qui personnifie cette mise en état, Lord Sutcliffe, l’esclavagiste vaincu à la fin de l’épisode au prix de la liberté du monstre .

Conclusion

« Thin Ice » est un épisode oubliable qui, malgré certains défauts (effets spéciaux très cheap) garde quand même un potentiel sympathie qui le rend attrayant. Certainement et avant toute chose présent pour remplir son quota d’épisodes dit « historiques » dans cette saison 10, « Thin Ice » vaut quand même un certain détour pour le sujet secondaire qu’il aborde : le racisme.

La petite remarque anachronique : Le Docteur lit a un moment aux enfants des rues une histoire de Der Struwwelpeter (en français Pierre l’Ébouriffé) de Heinrich Hoffman, qui a été publié en 1845. Problème, ils sont en 1814 ! Un anachronisme involontaire ou la beauté du voyage dans le temps, me direz-vous ?

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