20 Mai 2017

Posted by in Critiques, TV

[Spoilers] Critique d’Oxygen qui ne manque pas d’air

Le Docteur, Bill et Nardole se retrouvent à bord d’une station spatiale entièrement vide d’oxygène. Très vite, ils se retrouvent aux prises avec une armée d’astronautes zombies et parviennent à trouver un petit groupe de survivants qui leur offre une vision très peu reluisante de l’avenir où ils se trouvent – un futur où l’oxygène est étroitement contrôlé et vendu à un prix très coûtant.

« Dans l’espace, personne ne vous entendra crier… »

Allez savoir, c’est peut-être là une coïncidence étrange que cet épisode soit sorti la même semaine d’exploitation que le film Alien : Covenant de Ridley Scott. Parce qu’avec ce nouveau périple spatio-extra-atmosphérique, Doctor Who nous présente avec Oxygen l’un de ses épisodes les plus hilarants mais également et le plus hargneux en matière de science-fiction horrifique, voguant ainsi dans un genre initié depuis 1979 par le réalisateur britannique Ridley Scott avec son Alien, le huitième passager. Évidemment, dans Oxygen vous ne trouverez pas le moindre Xénomorphe qui pointe le bout de sa double mâchoire rétractile pour vous fendre le crâne, mais par contre en matière de combinaisons zombies spatiales déambulantes, il y aura de quoi passer un peu plus de 45 minutes au côté d’un Docteur, sans TARDIS, sans tournevis sonic et aveugle, dans un récit qui vous rappellera, ô combien, que « dans l’espace, personne ne vous entend crier ».

Le parallèle avec Alien est d’autant plus évident, puisque avec Oxygen le scénariste Jamie Mathieson nous dépeint lui aussi un futur sombre, dangereux, nihiliste et atrocement capitaliste. Oxygen installe d’emblée quelque chose de plus brutal dans son ambiance générale – en témoigne ce début d’épisode qui commence par une description graphique (et scientifiquement précise) par le Docteur de la façon dont l’exposition à l’espace peut nous tuer réellement. Une fois que nos héros passent les portes du TARDIS, les bons côtés du voyage dans l’espace et le temps s’envolent comme une bonne fuite de bouteille d’oxygène et notre Bill, après quatre épisodes, se retrouve réellement et directement menacée de mourir pour la première fois.

Jamie Mathieson nous prouve encore une nouvelle fois qu’il est un atout précieux dans l’équipe créative de Doctor Who. Il avait auparavant fait ses débuts remarquables durant la saison 8, en 2014, en écrivant les histoires de Mummy on the Orient Express (La Momie de l’Orient Express en VF), et de Flatline (À plat en VF, oui je sais mais ce n’est pas moi qui choisis les titres en français). Dans Oxygen, ses compétences indéniables d’écriture permettent à cet épisode d’offrir un excellent exercice d’équilibre entre scènes effrayantes, et étonnamment innovantes, et moment d’humour. Une parfaite maîtrise du rythme dû, également en partie, à la bonne réalisation de Charles Palmer qui permet à tous ces gags de s’enchaîner et de s’arrêter intelligemment au bon moment pour revenir ensuite offrir quelque bouffée d’air à ses scènes d’action oppressantes.

Jamie Mathieson dépeint donc un futur atroce où l’oxygène, élément pourtant vital à la vie de l’homme dans le vide spatial, est devenu une matière qui se commercialise comme une autre par une société, volontairement voulue sans visage et agissent dans l’ombre. Déshumanisation de l’espèce humaine dont la vie importe moins que ce qu’elle rapporte. Mathieson dénonce évidemment là notre monde (probable) en devenir dans un tout capitalisme qui pourrait faire évidemment faire écho aux puissants groupes pharmaceutiques qui préfèrent vendre (souvent au prix fort) des médicaments et des antidotes qui pourraient inéluctablement sauver des vies dans des pays du tiers monde.

The Walking Dead

Dans cette nouvelle aventure, le Docteur et ses compagnons se retrouvent en prise à une attaque de combinaisons spatiales qui déambulent avec le cadavre des malheureux astronautes qui sont morts à l’intérieur. Une idée originale qui est ici, aussi géniale qu’elle est malsaine. En effet, Jamie Mathieson semble spécialement affectionner les morts-vivants. Après les désossés de Fatline et sa momie en décomposition dans Mummy on the Orient Express, voilà qu’il nous remet le couvert. L’idée présentée ainsi ne semble guère originale, mais l’image d’une masse, à la fois animée et inanimée, poursuivant nos héros dans un espace clos est un outil efficace pour distiller un sentiment réellement oppressant et effrayant. Mathieson emploie donc dans Oxygen une formule efficace qui a fait ses preuves ailleurs (armée de zombies et protagonistes prisonniers dans un espace restreint) tout en lui donnant une pincée d’originalité qui se trouve bienvenue. Cependant, la similitude avec les créatures de Georges A. Romero (réalisateur du film La Nuit des morts-vivants en 1968) s’arrête là, puisque nous avons plus à faire à une forme d’intelligence artificielle obéissant à une société sans visage et terriblement inhumaine.

Les compagnons de l’espace sidéral.

Dans Oxygen, Nardole tient un rôle plus important puisqu’il prend part lui aussi au voyage au côté du Docteur. Sa relation avec le Seigneur du temps gagne en profondeur et nous révèle bien des choses – qui auront en évidence une importance dans le futur de la saison – comme le fait qu’il ne fait que difficilement suivre les ordres que le Docteur lui a explicitement lui-même donné. Il passe ainsi du cyborg majordome à une figure bienveillante et rationaliste qui essaye tout le long de rappeler les obligations morales que le Docteur lui a préalablement inculquées.

Quant à Bill, elle apparaît au début de l’épisode très enthousiaste par sa découverte de l’espace mais, hélas pour la jeune femme, cela ne dure pas longtemps, puisque, manque de bol, elle se retrouve directement mise en danger de mort, et non plus spectateur. La tension est palpable, permettant de nous impliquer réellement dans les enjeux de l’histoire. Nous expérimentons alors, à travers Bill, l’expérience des conséquences graves qui pourrait lui arriver en voyageant au côté du Docteur – le danger d’une mort proche, mais probable, mais également l’effet ravageur qu’elle a sur le Seigneur du temps alors qu’il se sacrifie pour la sauver. Cette séquence entière – déformée, étouffée, confuse, transmettant ses sens défaillants – est habilement structurée par Mathieson pour retarder la révélation que le Docteur est devenu aveugle. Et cela est effectivement bien mis en scène par Charles Palmer.

Ensuite, je ne vais pas trop m’attarder sur l’handicap qui frappe le Docteur de plein fouet au cours de l’épisode. Juste pour vous dire que cela semble présager d’une longue agonie du Seigneur du temps, qui risque fort, probablement, de lui tenir jusqu’au bout de ces sept épisodes restants. Nous verrons donc dans les prochains épisodes à venir si nous nous retrouverons en face d’un long “chant du cygne” de Peter Capaldi qui le conduira inéluctablement dans le chemin de la régénération, comme le théorisent certains fans. Sinon pour en revenir exactement à notre trio de choc, le Docteur, Bill et Nardole, leur interaction fonctionne très bien, une bonne alchimie qui apparaît extraordinairement naturelle et crédible à l’écran.

Conclusion :

Oxygen réussit un tour de force magistral, probablement et sans aucun doute le meilleur épisode (actuellement) de la saison 10. Les incroyables talents combinés de Jamie Mathieson et de son réalisateur Charles Palmer nous offrent un épisode captivant, innovant, effrayant et évidemment à couper le souffle.

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