27 Avr 2017

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[Spoilers] Critique asymétrique de The Pilot

Enfin ! L’attente était plutôt (trop) longue pour avoir droit à cette dixième saison de la nouvelle série de Doctor Who qui, pour l’occasion, nous est revenue en très grande forme. Mais elle sera tristement l’ultime saison pour Peter Capaldi, dans le rôle de l’emblématique Docteur, et de Steven Moffat en tant que showrunner de la série phare de la BBC durant un peu plus de cinq ans. « The Pilot » est, avant tout, l’épisode d’introduction d’un nouveau compagnon, Bill Potts (incarnée par Pearl Mackie). L’action de cette histoire se déroule principalement dans l’Université St. Luke à Bristol et développe la rencontre et l’alchimie entre le Seigneur du Temps et sa nouvelle compagne, avant de passer aux aspects les plus spectaculaires du whoniverse, que la plupart d’entre nous connaissent (coucou les Daleks !). Dans l’ensemble, la première partie de l’épisode a permis de mettre en place un rapport ingénieux entre le Docteur et Bill, tout en nous préparent le terrain à un éventuel arc à venir (mais qu’est-ce qui se cache derrière cette porte ?).

Heather, la fille avec une étoile dans l’œil

Parmi le panthéon des monstres et des extraterrestres que la série a pu connaître, il faut bien l’avouer, la créature qui nous est présentée dans « The Pilot » n’était pas des plus excitantes, ni même des plus menaçantes. Mention spéciale cependant pour le clin d’œil de Moffat au film d’horreur japonais Dark Water (2002) de Hideo Nakata, en reprenant le coup de l’œil fantomatique dans le lavabo. Il faut bien l’avouer, le père Moffat à quand même des idées plutôt farfelues et originales pour transformer n’importe quoi de la vie quotidienne en un monstre (plus au moins) terrifiant… Et cette fois-ci c’est une flaque d’eau (mais où va-t-il chercher tout ça ?) qui reflète incorrectement l’image d’une personne. À noter que pour l’occasion la tenue de Bill n’a pas était choisie au hasard : à un moment, elle porte un t-shirt avec un visage féminin divisé, en référence à cette énigmatique flaque d’eau, jouant avec nos perceptions de l’asymétrie. Cette créature devient tout de même plus intéressante une fois que notre “vulgaire” flaque a enfin pris la forme de son pilote Heather, surtout que les effets spéciaux ont été particulièrement soignés pour la mettre en scène. Le personnage d’Heather est en soi très intéressant, pour le peu qu’on en apprend sur elle dans cet épisode. Le parallèle avec son hétérochromie (une mutation génétique rare dû au syndrome de Waardenburg, mais qui peut aussi résulter de diverses pathologies comme le cancer) met en évidence son sentiment d’être désynchronisée dans un monde qui se veut parfaitement symétrique, à la fois dans son organisation et dans les organismes qui en font partie.

Bill, la fille qui sourit

Bill Potts est la nouvelle compagne à laquelle les téléspectateurs pourront s’identifier et découvrir par le prisme de son regard les péripéties du Seigneur du Temps durant cette saison. Elle nous est dépeinte comme un personnage énergique et lumineux, et ces attributs pourraient être la raison pour laquelle les accessoiristes de la série semblent s’amuser autant avec elle, en utilisant souvent le motif arc-en-ciel : un patch sur sa veste, les rayures multicolores dans ses vêtements, sans parler de ses boucles d’oreilles au symbole “Peace & Love” arpenté en plus d’une plume de paon (symbole de paix et de prospérité mais également de renouveau et de résurrection). La nature charmante, très contemporaine de Bill semble être ce dont le Docteur (et nous téléspectateurs) avait besoin après ses pertes récentes de compagnons aux destins si particuliers – il lui confesse d’ailleurs qu’il l’avait remarqué à cause de son comportement durant ses cours : au lieu de froncer les sourcils comme les autres lorsqu’elle ne comprenait pas quelque chose, Bill souriait systématiquement.

Après des compagnons comme Amy Pond et Clara Oswald, dont les existences étaient liées au Docteur, Bill parvient à rafraîchir la série en proposant quelque chose à la fois de très nouveau dans son concept mais également de très familier. Plus encore, ce premier épisode fait penser au pilote de la saison 1 (de la nouvelle série), qui était appelée « Rose », en référence à Rose Tyler. D’ailleurs, le fait que l’épisode soit appelé “The Pilot” pourrait presque apparaître comme un indice révélateur de la part de Moffat. Le “méchant” de l’épisode n’a rien de vraiment méchant, et agit comme un reflet du manque affectif de Bill, qui voyait en Heather une future amie, voire une petite amie, et qui l’a vu disparaître brutalement, victime d’une attaque extraterrestre. Le plus important est ce que cela veut dire : « The Pilot » joue avec la thématique qui voudrait que la réalité n’est autre que celle que l’on voit, un parallèle évident entre cet épisode et celui de “Rose” qui nous présentait aussi une compagne insatisfaite par sa vie et orpheline (de père pour Rose, et de mère pour Bill) et qui se retrouvait confrontée aux Autons, ces mannequins dont elle devait soit accepter de les voir comme tels, ou bien découvrir ce qu’il y avait vraiment derrière ces bouts de plastique animés.
À l’occasion de ce premier épisode, Moffat, tout en perpétuant son œuvre, fait une espèce de retour aux bases de la série (en atteste les photos de River Song et de Susan Foreman et des vieux tournevis soniques des Docteurs de la série classique présents dans son bureau à l’Université). Cela permet, d’une part, debien introduire Bill sur le chemin des compagnes précédemment mentionnées du Docteur, et d’autre part, peut-être, de sublimer son travail aux yeux de fans de plus en plus exigeants.

Nardole, le petit bonhomme bizarre

Cette saison 10 se voit également intégrer le personnage de Nardole comme compagnon récurrent de la série. Interprété par l’humoriste anglais Matt Lucas (que je connais surtout à travers la série Little Britain), cet étrange énergumène à la personnalité complètement déphasée, qui est apparue dans l’épisode spécial de Noël “The Husbands Of River Song”/“Les Maris de River Song” en 2015 et qui ne semble plus lâcher le Docteur depuis, a quand même ici un statut différent à celui de Bill, qui se veut un peu plus “classique” dans les interactions avec le Seigneur du Temps. D’emblée, Nardole penche plus du côté du sidekick, l’assistant, l’homme à tout faire (l’Alfred du Batman en version chtarbé si vous avez besoin d’une comparaison), voire un faire-valoir qui a pour seule vocation de mettre en valeur le Docteur et d’apporter un cachet humoristique en plus à la série. Nardole est bien parti pour former un trio de choc avec Bill et le Docteur dans les prochains épisodes. À voir donc comment les scénaristes vont utiliser ce personnage dans le temps (et l’espace).

Un nouveau départ

Il est clair que « The Pilot » est un titre d’épisode à double sens, qui nous renvoie à un parallèle relatif avec celui de l’épisode « Rose » de la saison 1. Ce fameux épisode écrit par Russell T. Davies, qui a ramené l’émission dans nos petites lucarnes en format série pour la première fois avec plus ou moins 20 ans d’absence, et qui pour l’occasion devait également convertir un public qui n’avait aucune idée de ce qu’était un TARDIS ou un Daleks. Tout comme l’épisode « Rose », qui nous a présenté un nouveau compagnon à travers un récit dont la perspective est vécue à travers les yeux de celui-ci, nous donnant ainsi une visite guidée/un rappel sur les éléments de base de Doctor Who, « The Pilot » effectue un travail similaire, même si Bill Potts reste aussi bien sur le fond que sur la forme un personnage très différent de Rose Tyler. Il serait donc négligeable d’appeler cet épisode un redémarrage même s’il est évident que l’épisode en lui-même manifeste une volonté très claire de renouveler, ou d’insuffler, une nouvelle vie au show de la BBC (pourtant inutile vu sa popularité).

Le début de l’épisode est plutôt étonnant, car il prend le parti pris incongru de commencer la scène post-générique par une scène des plus intimistes : une simple rencontre entre les deux personnages principaux de la série (Bill et le Docteur) dans le bureau de ce dernier. La série pousse encore là les frontières de vouloir jouer à contre-courant des canons actuels des séries télévisées, en proposant quelque chose de moins tape-à-l’œil, en invitant tout simplement le téléspectateur à basculer progressivement avec Bill de notre monde rationnel et parfaitement symétrique vers celui de Doctor Who, où l’imagination est sans limite.

Conclusion : « The Pilot » atteint son but : introduire un nouveau compagnon tout en restant un programme divertissant et accessible, qui sème les références savoureuses pour les fans de longue date tout en injectant du sang neuf – et ce dans une mise en scène qui se veut intimiste, contemplative, mais également moderne et rythmée dans son montage et ses rare séquences d’actions.

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