13 Juil 2014

Posted by in DVD & BluRays

Space Oddities : Un Workprint, c’est quoi ?

news-article-workprintCe n’est un secret pour personne, les scénarios des 5 premiers épisodes de la saison 8 se sont retrouvés sur internet. Mais dernièrement, nous avons également appris que le premier épisode avait également fuité et s’était retrouvé sur quelques sites de torrent douteux. Mais ce qui a fuité ce n’est pas l’épisode tel qui sera diffusé le 23, mais une copie de travail (ou workprint pour les anglophones). Mais c’est quoi un workprint ?

Dis, comment ça marche ?

Avant de vous expliquer ce qu’est un workprint, il faut comprendre comment on produit un programme vidéo dans le monde de l’audiovisuel. Avant toute chose il faut un script, rédigé par un scénariste plus ou moins talentueux. Avant d’être accepté, le scénario est passé par de nombreuses versions. Une fois qu’il est accepté par la production, il part en production. Le tournage se déroule sur plusieurs semaines, où toutes les scènes ne pouvant être réalisées sur ordinateur sont tournées. Une fois le tournage bouclé, on passe le relais à l’équipe de post-production. En général une bande de geeks en t-shirt les yeux rivés sur des écrans d’ordinateurs. Et c’est là que tout va prendre forme.

La post-production suit un ordre bien précis afin de faciliter et fluidifier le travail. D’abord on réalise un premier montage avec tout ce qui a été tourné, ce qui concerne les plans en décors réels, ceux en studios et les maquettes également quand il y en a. Le but étant d’avoir un montage définitif avant de passer aux autres étapes.

Souvent le monteur utilise des musiques dites temporaires afin d’avoir une idée du rythme à donner à certaines séquences. À ce moment-là, la musique n’est pas encore prête, ni même écrite. Plusieurs montages différents peuvent être produits, le choix final étant laissé au réalisateur. Une fois le choix fait et le montage validé, on ne touche plus à rien et on passe aux effets spéciaux. Le monteur ayant pris soin de noter tous les plans nécessitant l’ajout d’effet divers. Cela peut aller de l’image de synthèse pour terminer un décor, ou bien effacer un micro dans le plan.

En parallèle, un technicien s’occupe du son, rajoutant tous les effets sonores, mixant les dialogues. Parfois des dialogues sont ré-enregistrés en studio par les acteurs eux-mêmes. Soit parce que la prise de son n’était pas possible lors du tournage, soit pour remplacer un dialogue. Une fois tout ceci terminé, le montage repasse dans les mains du monteur pour finaliser l’épisode et le rendre prêt pour la diffusion. Il arrive que parfois des modifications au montage soient faites pendant la post-production, le monteur doit alors le signaler au reste de son équipe pour effectuer les changements.

Dans le cas de Doctor Who, deux versions de chaque épisode sont produites : le montage UK (celui diffusé sur BBC One) et le montage international, comportant quelques petites différences, principalement pour réduire la durée. Pour vous donner un exemple, dans l’épisode « Last of the Timelords » de la saison 3, une séquence musicale a été coupée dans le montage international, sans doute pour une question de droits sur la musique des Scissor Sisters.

Et le workprint alors ?

Et bien le workprint est tout simplement un moyen de montrer l’évolution du travail au cours de la postproduction. Ces copies sont généralement destinées au réalisateur ou aux producteurs afin de voir l’avancement et aussi de voir si la direction prise convient bien. Ces copies ne sont donc pas destinées à survivre, d’ailleurs souvent la même VHS était réutilisée pour montrer plusieurs étapes. Et pourtant, de temps à autre, elles refont surface.

Je ne vais pas vous mentir, souvent c’est dû à un vol. Un technicien qui veut garder une trace de son travail, les raisons sont multiples. Mais est-ce mal ? Dans l’absolu oui, ça reste du vol de matériel d’entreprise. Mais d’un autre côté, heureusement qu’elles existent. Souvent ces bandes sont la seule source pour la découverte de scènes coupées ou alternatives. il est rare que les studios gardent tous les rushs produits pour un film.

Pour vous donner quelques exemples. Prenons le cas du film LEGEND de Ridley Scott. Le film existe en deux montages différents tous deux comportant des scènes alternatives. Mais aucun des deux ne reflète ce que Ridley Scott voulait. Aux États-Unis le montage final n’est pas décidé par le réalisateur, mais par le studio. Suite à son manque de succès, la quasi-totalité des rushs a été détruite. L’espoir d’avoir une version longue du film était très mince. Et pourtant, un jour une VHS comportant un montage plus long du film est réapparue. Certes il ne s’agit pas non plus du montage ultime, mais cette copie nous donne au moins un aperçu de ce que voulait Ridley Scott à l’origine. Cette copie figure désormais sur le Blu-Ray sorti dernièrement, accompagné des deux autres montages. C’est également arrivé pour le film Halloween 6, qui fut remonté suite au décès d’un des acteurs principaux.

Et Doctor Who dans tout ça ?

Pour Doctor Who, les workprints sont rares. En ce qui concerne la série classique, la manière dont elle était produite empêchait l’existence de copies de travail. On peut, en quelque sorte, considérer le pilote comme un workprint, bien qu’au final l’épisode a été entièrement retourné (d’où le nom de pilote et non de workprint). Des copies noir & blanc de journées de tournage existent cependant, et d’ailleurs figurent en bonus sur les DVD.

Il existe un workrpint du téléfilm de1996, avec Paul McGann, mais il ne comporte que très peu de différences avec le montage final. Le principal changement étant l’introduction du début du film. En lieu et place de la voix de Paul McGann figurait un monologue du maître interprété par Gordon Tipple. Il existe également un workprint de « Dimension in Time ». La seule différence étant vers la fin, lors de la confrontation avec la Rani. Lors de la diffusion, les téléspectateurs devaient voter entre deux personnages de East Enders. Le workprint contient celui qui n’a pas été choisi.

Pour la nouvelle série, à l’ère du numérique, les copies sur VHS n’existent plus et ont été remplacées par des fichiers vidéos envoyés via le net sur des serveurs sécurisés, enfin c’est ce que l’on espère. La récente affaire a prouvé que l’erreur humaine est toujours possible. Comme expliqué dans un précédent article, un workprint de l’épisode Rose avait fait surface 3 semaines avant la diffusion de l’épisode. La seule différence avec l’épisode diffusé se trouvait être le générique. La BBC ayant pendant un temps envisagé d’utiliser le thème d’origine de la série, réinterprété pour l’occasion par Mark Ayres. C’est finalement le thème composé par Murray Gold qui sera utilisé. Et jusqu’à aujourd’hui, il s’agissait du seul workprint ayant fuité.

La version de Deep Breath actuellement disponible sur le web est destinée au doublage. Il y a de grandes chances pour que l’épisode soit déjà finalisé au moment ou j’écris cet article. Mais justement, pour éviter que l’épisode final ne fuite sur le net, toutes les copies destinées au doublage ou bien aux journalistes pour qu’ils puissent publier leurs articles en temps et en heure, sont des versions incomplètes et techniquement non-regardables. Dans le cas présent, l’image a été recadrée afin que les techniciens puissent intégrer la bande contenant les dialogues traduits pour les doubleurs. Et tout ce qui n’est pas nécessaire au doublage, comme le générique ou les effets spéciaux, sont remplacés par des versions temporaires. Le mixage sonore aussi est spécialement fait pour le doublage, pour mettre les voix en avant.

Si vous l’avez vu, considérez-vous comme chanceux, car vous avez vu ce qui est d’ordinaire réservé aux techniciens et aux doubleurs. Cependant ce n’est certainement pas la meilleure façon de profiter de l’épisode. Sauf si vous êtes persuadé que le nouvel arc de cette saison c’est l’attaque des copyrights de la BBC.

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